Etape 8 - Refuge de Hvanngil à village de Hvolsvegur - suite et fin de la traversée de l'Islande par les terres hautes

J'arrive au refuge de Hvanngil ce samedi soir et, il y a pas mal de monde. On est loin de la civilisation mais quand même moins loin que les étapes précédentes; cela doit expliquer les choses.


Le refuge de Hvanngil

Quelle surprise de voir que j'arrive en même temps que le groupe de randonneuses allemandes qui est parti en même temps que moi ce matin. Elles doivent carburer et surtout le sentier doit être plus direct, moi j'ai fait un sacré détour par la route en fait, çà se voit sur la carte.  

Je me présente à l'accueil, je suis le dernier (comme d'hab...), je fais gentiment part à mon interlocutrice que l'étape d'aujourd'hui m'a tué, elle me dit " donc une bière ? deux plutôt ? " , allez Ok pour deux ! et un jeton pour la douche, çà fera pas de mal. Ah, oui et aussi le sac de couchage de secours s'il y en a un... " non j'ai pas çà par contre, j'ai des couvertures... "  : çà ira très bien. 

A peine arrivé sur la terrasse avec mon vélo, je suis accueilli sympathiquement par tous les présents, et, avec un grand sourire, je fais remarquer à l'assistance que je suis HS.... Je suis rapidement pris à parti par une quinqua islandaise, qui voyant mes bières, va en chercher une de son stock et me dis "çà c'est une vrai pas celle des refuges à 2.5% ". Super sympa !!!  

L'alcool est un monopole d'état en Islande, comme d'autres pays scandinaves, tout ce qui fait partir les gens en vrille est très contrôlé. L'hivers est long et rude et lorsqu'en plus, le soleil ne pointe pas le bout de son nez une bonne partie de la journée, certaines personnes dépriment vite. Donc en Islande, pas de produits alcoolisés en supermarché, il faut les acheter dans un magasin à part, présent uniquement dans les villes et villages d'une certaine importance; les horaires d'ouverture n'ont rien à voir avec les horaires de consommation traditionnelle, le contrôle des pièces d'identité (pour l'âge légal) est systématique et le contrôle des quantités également. 

Il y a en fait là un groupe, je dirais, d'une dizaine de quinqua islandais, 5 hommes, 5 femmes. Tout le monde a la tête à la fête, et l'un d'eux a une guitare. C'est le feu dans leur chambrée, d'abord ce qui semble être des succès islandais et ensuite tout le top 50 anglo saxon des années 80 ! C'est génial, tout le chalet est invité, c'est très bon enfant, ça danse et ça chante... je ne suis plus fatigué ! 

Il s'agit d'amis randonneurs qui profitent du Week End pour explorer cette zone, ils connaissent toute l'Islande sauvage sur le bout des doigts et ouvre des voies. Ils nous font voir les photos de la journée où il on gravit une montagne vierge de chemin. On regarde les cartes ensemble et ils ont plein de coins extraordinaires à proposer à tout le monde. Sur la carte, le grand désert blanc qui matérialise le glacier Vatnajokull présente presque en son centre l'indication d'un refuge, je questionne, mais c'est quoi ce refuge au milieu du glacier ? ils y vont tout les étés, il faut deux jours de marche en trainant une pulka (un traineau) avec nuit sur la glace ! et au refuge il s'agit en fait d'une petit endroit de source d'eau chaude où il n'y a plus de glace et on peut même se baigner ! incroyable. 

On passe une soirée, vraiment extra, mais pas d'abus à 11h00 tout le monde va se coucher, tout le monde a une grosse journée demain. Pour moi ce sera donc la fin de la traversée...

La nuit fut excellente, mes affaires de la veille ont bien séchées dans le vestibule chauffé, sauf mes chaussures de rando qui avaient finie dans la rivière qui maintiennent un peu d'humidité. bon çà ira, pas de pb. J'inspecte le vélo, la tension des rayons... la chaine est blanche, çà c'est signe qu'il n'y a plus d'huile... je dégaine mon micro bidon d'huile et hop, c'est réglé. Autre problème de la veille, le ruban du cintre à droite (le guidon est entouré d'un ruban moelleux qui permet une bonne préhension) c'est complétement déroulé hier notamment du fait des sangles des bagages, mais aussi ( je l'avais remarqué, dès la livraison du vélo) d'un montage perfectible... bref, je fais un ré-enroulement de fortune et grâce à mon mini rouleau de scotch fort, je termine la réparation en le fixant le plus solidement possible. Tout est maintenant OK, GO !!!

Aujourd'hui, il fait beau, très beau même, la soirée m'a requinqué, j'ai plus trop mal au genou, en toute logique, je passe de 600m d'altitude à 0 donc çà va bien descendre. Je le sens très bien !!! D'autant plus que j'ai un peu moins de 70km à faire dont 28 sur route goudronnée... 

Je me lance, je dirai 2 km aprés le départ, un premier passage de rivière, la première partie il y a une passerelle en bois pour les randonneurs, dur de monter les escalier avec le vélo,  mais c'est toujours mieux que la rivière elle même, mais la seconde partie ( ou le second guet, je ne me souviens plus) ne bénéficie pas de cette aide. Il y a de l'autre coté un fourgon qui n'a pas pu passé et qui s'est résout à passer la nuit là. Bon maintenant, j'ai l'habitude, la rivière est longue mais rien de bien méchant. Je prends mon temps sous le regards des habitants du Van et tout se passe très bien.

Les paysages sont beaux, il fait beau. 


En fin de matinée a prés avoir rejoint la F261, j'arrive à un canyon assez impressionnant, le Markarfljot, la rivière y est d'une force impressionnante, aussi un pont a été construit. 

Le pont, ah ben je crois que j'ai pas pris de photo du canyon lui même... mince. Aprés le pont, une sacré montée

Sur le plateau qui suit, la vue est sensationnelle, je m'arrête pour déjeuner, je mets comme d'habitude mon vélo en équilibre sur la pédale et badaboum, une petite brise me le fait tomber, et bamm la peinture; j'avais jusqu'à présent bien préservé le vélo de manière générale et là, j'ai sérieusement abimer la superbe peinture du loulou... Bon c'est comme çà, lors de la dernière étape... et tient çà fait un moment que j'ai l'impression qu'il y a un problème avec ma selle, je peine plus que d'accoutumé, je me sens bas... A la vérification, ma tige de selle télescopique ne fonctionne plus; en effet, mon vélo est équipé en série d'une tige de selle à hauteur variable qui se commande au guidon, soyons honnêtes, aucun intérêt pour ce voyage, mais j'ai pas eu le temps de remplacer ce système par une tige classique. Bon quoi qu'il en soit, elle ne fonctionne plus et elle est en position basse, elle ne remonte plus toute seule. J'arrive à rattraper le coup, plus ou moins, mais le résultat est tout de même moins confortable. 


En début d'après-midi, je commence à descendre, mais j'ai maintenant une vue plongeante sur deux glaciers très proches, vraiment magnifiques: le Myrdalsjokull et le fameux Eyjafjallajojull.

étrange montagne vue cet après midi. La route en descente constante est cassante et aura raison de ma tige de selle. Je m'arrête aussi souvent pour retendre les sangles de mes baluchons avant, un vrai point faible de mon équipement s'il fallait être critique. 


Le glacier Myrdalsjokull se dévoile. Il est situé à la pointe sud du pays et n'est séparé de la mer que d'une petite dizaine de kilométres.


Les paysages commencent à se composer d'herbes hautes, signe que l'on s'approche d'une zone plus tempérée que le haut pays. La vallée s'élargit aussi rapidement et les reliefs s'adoucissent, 



Les langues de glace du Myrdalsjokull arrachent la montagne et se jettent dans la vallée


Des moutons profite,t des quelques herbes bien vertes. Les moutons c'est le signe que je reviens dans une région plus tempérée, le glacier derrière pourrait mettre le doute, mais la mer n'est en fait pas loin, et le courant chaud du gulf stream l'emporte. 



Les moutons se multiplient sur le coté de cette vallée que je commence à suivre. Au milieu de la vallée coule une rivière dont le lit d'élargit rapidement, de l'autre coté, c'est langues de glacier après langues de glacier qui se jettent de la montagne de manière très abruptes. Cette région semble à priori un haut lieu de randonnées fascinantes au contact des monstres de glaces. 


photo prise juste avant de m'engager dans la vallée. 


salut les gars !



Sur la photo précédente, la sortie du haut pays, vallée du Markarfljot; au loin, la mer, et d'ailleurs la petite montagne que l'on voit au lieu, c'est un bout des iles Vestmannaeyjar ( ou Iles Vestmann) , minuscule archipel de pécheurs dont la capitale Heimaey compte pas loin de 4500 habitants (soit plus du double qu'Isafjordur la capitale des fjords de l'Ouest !!). L'archipel (relié par une liaison aérienne quotidienne à Reykjavik ! c'est dire l'importance du lieu) est assez célèbre car en 1973, une importante éruption a agrandi l'ile principale de 2,5km², mais après avoir menacé le port naturel et détruit 400 maisons. Autre bizarrerie notable de l'histoire est le malheureux raid Turc de 1627: des pirates turcs accostent trois navires, pillent et tuent la population, et déportent les habitants. Ces pauvres gens seront vendu au marché des esclaves en Algérie. 



Je regarde derrière moi, un sacré pincement au cœur, je crois avoir verser une larme, la traversée de l'Islande est symboliquement finie: je suis au niveau de mer, le haut pays est derrière moi, j'ai atteint  le sud à la force de mes jambes, tout ce qui représentait un caractère exceptionnel de cette aventure, l'isolement, les difficultés techniques, physiques mais aussi mentales, sont maintenant du passé. Croyez moi, cet instant précis, cet instant où l'on en prend pleinement conscience est très émouvant. Cette aventure, c'est un accomplissement, de tant d'efforts, de tant de préparatifs, d'énergie, de stress, tout cela se concentre et explose à ce moment là. 



Allez, maintenant il faut regarder devant, le chemin pour mon stop du soir est encore long, 26 km jusqu'au village de Hvolsvollur. La route est maintenant goudronnée et à mesure que j'avance, les fermes se succèdent, une belle église aussi, puis des maisons individuelles, plutôt récentes et design, il y a même de petites forets de sapin sur le bord de la vallée à ma droite, de belles cascades aussi, j'ai l'impression que ce lieu est couru. 

Sur ma gauche, le Eyjafjallajokull. Mais si, vous le connaissez celui là: en 2010, ce volcan sous glacière a semé la panique dans l'Europe entière , son éruption avait paralysait une partie du trafic aérien.... il y a aussi un film de Danny Boon qui porte son nom ... Lol. 




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